SAISON 2022-2023 : L’ÉDITO de Camille de Toledo

Le très grand accueil

 

… et voici un élan, l’énoncé d’un désir, d’une soif et d’une faim pour cette nouvelle saison au Château de Goutelas ; pour en faire pleinement le refuge de possibles devenirs, de lois à venir, de rêves à atteindre : rêves pour la Terre, pour réapprendre à vivre en communs ; rêves pour désarmer le monde, pour l’habiter plus justement à l’écoute d’autres formes de la vie que la seule vie humaine.

 

Nous marchons, vous le savez, dans les pas de quelques géants. Mireille Delmas-Marty avait ouvert la voie et nous pensons à elle, à ce qu’elle nous laisse en héritage. Il importe de répondre à chaque expression de la finitude par un élan infini, une ouverture maximale.

 

Depuis la fin du siècle dernier, nous entendons sans cesse des refrains d’extinction. Fin de l’histoire, fin de l’art, fin du politique ; des extinctions auxquelles nous nous employons à répondre inlassablement par une faim insatiable : un espoir de métamorphoses.

 

Nous voyons sur tous les continents des marques de la violence extrême ; partout, des tentatives nouvelles d’enclosure. Les frontières ici ou là se ferment. Les voies de passage entre les cultures sont entravées, criminalisées. Ici, des tyrans imposent la guerre ; là, une rhétorique de la virilité retrouvée.

Face aux désordres de la Terre, des experts s’en remettent aux chimères du contrôle et de la croissance verte : l’emprise, encore l’emprise, jusqu’à concevoir une bio-ingénierie générale : contrôler l’atmosphère, la pluie, réguler le climat, louer le service des forêts, des abeilles…

 

Partout où depuis le trouble, la fragilité, on tente d’élaborer des réponses plus justes, des discours venus du passé offrent leurs liturgies de consolation et de puissance. Et c’est en ce sens, pour donner une chance à ces réponses de la fragilité à la force, de l’ouverture à la clôture, que nous nous figurons la mission de ce petit coin du monde : le Château de Goutelas.

Nous avons choisi un titre pour rassembler nos engagements, réunir nos forces : LE TRÈS GRAND ACCUEIL.

Accueil aux formes de la vie humaine et autre qu’humaine, accueil aux divers des genres et des espèces ; accueil à la multiplicité des devenirs, à rebours des prédictions trop ficelées ; accueil aux expériences, aux étrangetés, aux écarts… La cour du château, dans cet horizon, devenant « cour des miracles », le lieu d’une opération de transformation : un filtre des temps pour reprendre des forces, pour respirer, et penser à plusieurs ; pour pratiquer une autre discipline, celle de l’hospitalité, celle de l’espoir et des métamorphoses.

 

Camille de Toledo

Essayiste et écrivain

Illustration © Fondation Jan Michalski – Tonatiuh Ambrosetti