Le CERCRID et le Château de Goutelas : plus de 40 ans de rencontres

rentree-2026_Goutelas_crop430x720
Depuis plus de quarante ans, le CERCRID, laboratoire de recherche en droit, se réunit régulièrement au Château de Goutelas. Une histoire commune qui témoigne des liens tissés entre le Centre culturel de rencontre et le monde universitaire. Retour sur cette relation avec Mouna Mouncif-Moungache, directrice du laboratoire, et Antoine Jeammaud, l'un de ses fondateurs.

Un laboratoire pour penser le droit autrement

Le CERCRID (Centre de recherches critiques sur le droit) est aujourd'hui un laboratoire rattaché à l'Université Jean Monnet de Saint-Étienne et à l'Université Lumière Lyon 2. Il réunit des enseignants-chercheurs et des doctorants qui étudient le droit, ses pratiques et ses effets dans la société.

Son histoire commence bien avant sa création officielle, en 1982. À la fin des années 1970, un groupe de jeunes universitaires, principalement lyonnais, se rassemble autour d'une ambition commune : renouveler la manière d'étudier et d'enseigner le droit. En rupture avec les approches qu'ils jugent trop conservatrices et individualistes, ces chercheurs souhaitent développer une réflexion critique sur les liens entre le droit, l'État et l'organisation de la société. De cette dynamique naît l'association Critique du droit, qui entend notamment mieux comprendre le rôle du droit dans les rapports sociaux et les transformations de la société.

Antoine Jeammaud, professeur émérite de droit à l'Université Lumière Lyon 2, spécialiste du droit du travail et de la théorie du droit, participe à cette aventure intellectuelle. Professeur à l'Université de Saint-Étienne depuis 1976, il compte parmi les membres fondateurs du laboratoire. En 1982, le groupe stéphanois qui partage ces orientations se constitue officiellement en centre de recherche. Le CERCRID est ensuite associé au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en 1985.

Dès ses débuts, le laboratoire se distingue par l'importance accordée au travail collectif, à la confrontation des idées et au dialogue entre les approches théoriques et les observations de terrain. Une manière de faire de la recherche qui contribue à son identité.

Une histoire étroitement liée à Goutelas

En 1976, Antoine Jeammaud est invité par Paul Bouchet et Robert Guillaumond à rejoindre l'association Centre culturel de Goutelas et son conseil d'administration. Avocat lyonnais, ancien résistant et engagé dans les combats pour les droits humains et la justice sociale, Paul Bouchet est à l'origine de la renaissance du Château à partir de 1961. Il rassemble autour de lui des habitants du Forez, des ouvriers, des juristes et des artistes pour restaurer collectivement le bâtiment et en faire un lieu de rencontres, de débats et de création. Avocat lui aussi, Robert Guillaumond est un proche collaborateur de Paul Bouchet, avec lequel il a notamment cofondé le cabinet d'avocats qui deviendra Adamas.

Lorsque vient le moment de réunir les universitaires et les praticiens du droit proches du mouvement Critique du droit, le choix de Goutelas s'impose naturellement. Le château offre un cadre propice à ces échanges entre chercheurs et praticiens, animés par une même volonté de renouveler la réflexion sur le droit et son rôle dans la société. La première journée de séminaire du groupe stéphanois s'y tient un samedi de juin 1982. Le CERCRID est officiellement constitué cette même année, et une histoire commune commence.

Depuis, le laboratoire a évolué et plusieurs directions se sont succédé, jusqu'à Mouna Mouncif-Moungache, professeure de droit public qui le dirige depuis 2025. Mais une pratique perdure : organiser des rencontres et des temps de travail collectifs au Château de Goutelas. Cette fidélité rappelle que la recherche se nourrit aussi de moments partagés, de discussions et de confrontations d'idées. Elle illustre également l'une des vocations du Centre culturel de rencontre : accueillir des groupes venus d'horizons différents et leur offrir un lieu propice au travail collectif, aux échanges et à la réflexion.